[Chronique] Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry

Publié le par Floana

[Chronique] Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry

L’histoire

 

Dans un petit studio mal chauffé de Lyon, Sophie, une jeune chômeuse, est empêtrée dans l’écriture de son roman. Elle survit entre petites combines et grosses faims. Certaines personnes vont avec bonté l’aider, tandis que son ami Hector, obsédé sexuel, et Lorchus, son démon personnel, vont lui rendre la vie plus compliquée encore. Difficile de ne pas céder à la folie quand s’enchaînent les péripéties les plus folles.

Après la mélancolie de La Condition pavillonnaire, Sophie Divry revient avec un roman improvisé, interruptif, rigolo, digressif, foutraque, intelligent, émouvant, qui, sur fond de gravité, en dit long sur notre époque.

 

Mon avis

 

Lecture très rapide et agréable de mon premier roman de cette rentrée littéraire 2015 ! Le thème de ce roman est très actuel et rarement traité puisqu’il s’agit du chômage. L’auteure s’en est très bien sortie puisqu’elle a choisi de l’écrire de façon très réaliste et très crue en parlant du Pole Emploi, de l’attente des allocations, de la recherche d’emploi, des difficultés financières pour payer les factures et remplir le réfrigérateur… tout en étant burlesque et drôle !

Sophie Divry s’est vraiment amusée avec le style et la typographie de son roman en utilisant des digressions, des interruptions dans le récit ou bien deux scènes menées en parallèle.

J'ai adoré tous les néologismes qui ponctuent la narration, « Je ne vais pas tout lucifaire à ta place » s'exclame Lorchus, son diable personnel. Une voix mauvaise conseillère qui intervient ponctuellement dans le récit, tout comme celle de sa mère lui dispensant ses avis d'ange gardien sur sa manière de vivre.

Par contre, certains styles dans l’écriture m'ont assez agacée comme les nombreuses énumérations de synonymes ou d'exemples. L’originalité oui mais attention à la lourdeur et à la lassitude pour le lecteur !

La fin laisse un peu perplexe sur une phrase ambigüe, « … il arrive un moment où, quand une injustice trop patente vous est faite, il ne vous reste plus qu'à quitter la course. », on peut tout imaginer ! Mais ce qui fait le charme d’une fin qui n’est pas toute « tracée », c’est que notre imagination peut voguer tranquillement vers ce qui nous semble être la meilleure fin à nos yeux…

Je conseille la lecture de ce roman et je ne manquerai pas également de lire les autres livres de Sophie Divry !

 

Extraits

 

« ... comment faire pour tenir dix jours avec quarante euros ?
Comment faire ou plutôt comment non-faire : non-acheter, non-sortir, non-vouloir, non-métro, non-bus, non-shopping, non-desserts, non-viande, non-bière, non-marché, non-cinqfruitsetlégumes-frais, non-café, non-imprévus, non-nouvelles factures, non-nouvelles charges ? Ces pensées se refermaient sur moi jusqu'à bloquer mes poumons dans une non-respiration qui m'aurait sans doute amenée à une oui-crise d'angoisse puis à une séance de contemplage de plafond, lorsque mon ordinateur émit un bip qui me fit violemment sursauter.
C'était un mail d'Hector, mon grand ami. »

« Longtemps j'ai cru qu'on devait dire aux enfants que, la vie c'était quoi ? Un bon combat avec des bons copains, un conflit entre la liberté et le partage, avec pour compagnon des outils comme l'empathie, l'hospitalité, la fidélité. Mais, aujourd'hui, si tu leur dis ça, tu ne les aides pas. Aujourd'hui, la vie c'est : tout seul. Tu te battras peut-être contre l'injustice, mais tout seul... Tu auras des peines tout seul. Tu partiras en voyage en solitaire. Tu auras des joies individuelles. Tu ne feras rien gratuitement. Tu autoévalueras ta marge de progression... Tu ne te joindras pas à la grève. Tu ne te laisseras pas corrompre par l'imprévu d'un doux soir d'été. Tu érigeras une clôture devant ta maison. Et quand tu seras bien tout seul, avec ton tout seul-famille et ton tout seul-enfant, tu seras libre comme il faut l'être dorénavant : libre tout seul dans ta cage. »

« Le fait que je me résigne à mon chômage, que je m’y installe durablement, avait éteint leur inquiétude au lieu de les aiguiser. Au fond, ma situation s’était normalisée. Rien de nouveau ; donc, plus de danger. J’étais là comme ils m’avaient toujours vue. La même tête. La même voix. Seul un révélateur chimique d’une composition inconnue aurait pu rendre visible la faim qui le tenaillait. Ce que ma famille ignorait, c’est que le pire du chômage n’est jamais le début. Le pire, c’est l’installation dans cette idée, justement, que rien de nouveau n’arrivera plus… »

 

[Chronique] Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry

Publié dans Chroniques

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